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lundi, 07 décembre 2015

A propos de « Petit piment » d' Alain Mabanckou

Tout ce qu'on peut savoir de Mabanckou invite à croire qu'il est un grand écrivain au sens le plus élevé du terme. Et même les études critiques qui ont été consacrées à ses ouvrages ont permis d'apprécier la dynamique de ses réflexions. Et, à peine sortie des presses, « Petit piment » a connu la plus grande des faveurs. On se répétait que c'était le meilleur livre depuis "Verre cassé". Il nous venait de l'autre côté du fleuve, là où tout commençait pour lui.


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Pourtant dès que j'ouvris ce roman, j'eus l'impression d'accéder à l'univers d'un de ses rêveurs qui publie pour la première fois et qui se croit obliger de tout dire, de tout raconter, ne laissant aucune place à l’imagination du lecteur, pensant pour lui, lui faisant aucune suggestion, des phrases glissantes comme des planches savonneuses qui nous font choir comme des enfants et ne nous donnent plus l'envie de retourner... à la lecture. Ce roman est juste un beau récit raconté avec un talent d'enfant.

A la différence de « Lumières de Pointe-Noire » paru en 2013, « Petit piment » n'est pas autofictionnel, même s'il puise largement dans les souvenirs d'enfance de l'auteur. Ce roman qui rappelle dans le discours, « Verre Cassé » (2005) et « Mémoires de porc-épic » (2006), nous plonge dans l’histoire du Congo des années 1960-1970, l'indépendance, la révolution socialiste, les conflits ethniques, la pauvreté, la condition des femmes, etc...

A l'orphelinat de Loango, nous faisons la connaissance de Moïse dont le nom à rallonge est Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko qui signifie "Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres". Nous suivons son enfance, son éducation, ses péripéties pour sortir de l'institution et rejoindre les petits délinquants de Pointe-Noire, la capitale économique. Ses errances le mèneront chez la truculente maman fiat 500, « une pute zaïroise » chez qui il trouvera une vraie adoption et une vie relativement tranquille jusqu’à ce que de nouvelles élections mettent fin à sa quiétude. Dans cette satire sociale, vengeance, naïveté, déboire d’un jeune homme dont l’existence entre misère et manque de repères va progressivement le mener précocement vers la folie.

A vrai dire, "Petit piment" est un roman dans un roman (la confession de Sabine par exemple). L’auteur peine à décrire les espaces, les années qui s’écoulent en seulement quelques lignes, des détails d’un ennui incommensurable qui n’ont point valeur de création et surtout, Alain Mabanckou ayant eu trop de confiance en son génie, a bâclé ce roman qui est passé à côté du chef d’œuvre. Un Petit piment sans grand effet, facile, semé par intervalles de mots vifs, de tentatives de drôleries (Mais tu n’as pas à t’affoler: Dieu n’oublie pas les enfants, même s’ils ne sont pas assis derrière p.19) est presque le seul mérite qui le distingue.
Zacharie A.

01:42 Écrit par Zacharie.Acafou dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | |

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