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jeudi, 17 décembre 2015

Sophie Caratini : Les sept cercles. Une odyssée noire

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Il y a une crise de l’essai. L’élégance et la clarté semblent exiger que nous usions en cette sorte d’ouvrage, d’expériences plus innovantes, moins conformistes que celles souvent enseignées dans les laboratoires universitaires. C’est ce que je notais déjà à la lecture de « Les non-dits de l’anthropologie », excellent ouvrage de l’anthropologue française Sophie Caratini.


Si l’on vient avec des idées préconçue à l’œuvre de l’auteure intitulée « Les sept cercles », on est d‘abord tenté de croire qu’elle a entrepris, par une affection singulière pour les peuples de la Mauritanie, de les décrire avec les moyens dont elle dispose : grille de lecture académique, absence considérable de relativisme culturel, etc. Que nenni ! Sophie Caratini n’est pas une anthropologue comme les autres. Elle a vite fait de comprendre que cette discipline est noble que lorsqu’elle prend en compte tous les éléments (indépendants de toutes références sociales, culturelles et politiques) qui bâtissent une société. C’est là sans doute où réside la densité exceptionnelle de cet ouvrage publié aux éditions Thierry Marchaisse et paru en 2015.

« LES SEPT CERCLES » est un récit de voyage qui est aussi un récit de vie. Dans une écriture simple, l’auteure se laisse écrire, s’efface et donne la parole à Moussa Djibi Wagne, qui raconte sa vie tumultueuse à l’anthropologue Sophie Caratini. Celle-ci n’apparaît jamais dans l’entretien, aucune intervention de sa part, on devine juste sa présence à travers les réponses de Moussa, un paysan peul mauritanien.
En nous faisant partager le cheminement de Moussa Djibi Wagne, cette odyssée nous donne à comprendre l’impact de la rencontre coloniale sur les Africains et son interprétation à travers le regard singulier d’un homme à mille vies.
Moussa a quitté son village à 30 ans, il n'y est revenu que 40 ans après...il a épousé 22 femmes, parle 14 langues...il a beaucoup marché, sillonné la région souvent avec des compagnons de sa classe d'âge ou de son ethnie. Les « Blancs » l'ont capturé pour en faire un "tirailleur sénégalais" Il devient méhariste puis s'engage dans la Garde, il fera le pèlerinage à la Mecque, approfondira sans cesse sa connaissance de la religion musulmane, etc. Impossible au final, de résumer, en quelques lignes les aventures de Moussa tant son histoire est riche d’enseignement.

Sophie Caratini nous fait goûter le destin de cet homme à la fois singulier, (la sensibilité d’un homme, sa personnalité, son éternel conflit avec son père, son rapport à la vie) pluriel (les valeurs de l'Islam qu’il tente de mettre en œuvre tout au long de sa vie, ses bonheurs, ses malheurs, son rapport à la colonisation et surtout l’importance des cultures qu’il n’a des cesse de mettre en avant)
"J'ai constaté que les français ne s'intéressaient pas du tout à nos coutumes, qu'ils ne cherchaient ni à les comprendre, ni à en tenir compte; d'ailleurs aucun d'entre eux n'a jamais parlé notre langue, alors que certains ont appris l'arabe des maures. » dira-t-il.

D’une pareille entreprise que demeure-t-il ? D’abord, une expérience indéniable. Je ne doute pas que l’auteure n’ait connu certains états d’angoisse et de joie à l’écoute du témoignage de Moussa, eu égard aux différences de cultures en jeu ici. Seulement, elle arrive à faire abstraction de ses émotions et réussit lorsqu’elle veut nous donner la méthode qui nous permettrait de les obtenir à notre tour. Cette démarche rend cet ouvrage ambitieux et innovant. C’est la totalité de la condition humaine qui entre en jeu, c'est le moins que l'on puisse dire.

Zacharie A.

23:08 Écrit par Zacharie.Acafou dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | |

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